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    Quand on recherche la chaleur d'un âtre

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    Jedalcën d'Aml'Mosian
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    Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Mer 1 Juin 2011 - 21:20

    Auparavant

    X

    On lui avait finalement ouvert les portes. Devant lui, la ville enténébrée s’offrait sous ses yeux. Les avenues désertes s’enfonçaient dans les ombres proches qui dominaient, dérangées, seulement, par quelques îlots d’une lumière chiche dégagés par les torchères esseulées qui, parfois, ponctuaient les artères marchandes. Un sourire torve vint se planter sur le visage peu amène de notre héros, qui découvrait son nouveau terrain de jeu à mesure que ses yeux étrécis s’habituaient à la pénombre dans laquelle était plongée la cité. Port-Pergas avait été bâti d’une poignée de collines, derrière la protection d’une lourde muraille qui ceignait la métropole. Et la ville, victime de l’opulence de son commerce maritime et de la sécurité que prodiguait la solide garnison qui s’y trouvait, avait fini par enfler dans l’enceinte.

    C’était la surpopulation qui donnait l’aspect oppressé et fragile à la cité. Les maisons, souvent à colombage, se dressaient haut vers le ciel obscurci, et les multiples étages qui surplombés des rez-de-chaussée en pierre grappillaient toujours un peu plus de l’espace de la rue, si bien que le ciel, dans cet ensemble ramassé et chaotique, n’était plus qu’une estafilade bleu-nuit serpentant entre les toits de tuiles et les poutres apparentes qui fusaient en dehors des maisonnées. Examinant la quiétude qui régnait ici et le caractère collé des quartiers, il jugea en connaisseur que la maraude devait rapporter aux gens qui étaient prêts à jouer aux acrobates.

    Ses pieds, nus et frémissants, finirent par le sortir de ses rêveries criminelles. Ca caillait sec. Pour essayer de se réchauffer, Jed commença à parcourir le bord de mer du port, afin d’éviter les sols où s’entassaient carcasses, pisses et excréments. De ce côté-là, il put s’estimer heureux. Les quais étaient battus par des vagues coléreuses, et à chaque fois que le flot venait se briser sur la pierre du port ou le bois de l’étrave, un geyser glacial retombait sur le pavé. Ce dernier était propre et humide, lavé à chaque fois par la force du flux et du jusant. Mais la moiteur de la pierre, accompagnée par les embruns qui venaient fouetter le visage de notre héros, n’était pas du meilleur effet pour un Jedalcën frigorifié. Ce dernier, qui toussait sa grippe avec une régularité inquiétante, finit par aviser un rade de marins et de naufrageurs. Et sans plus y réfléchir, il ouvrit grand la porte de la taverne et s’enfonça le plus qu’il put vers l’âtre immense qui éclairait d’une lumière changeante la salle commune.
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    Kamos Merop
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Kamos Merop le Mar 7 Juin 2011 - 20:23

    Chapitre I : Souviens-toi que tu n'es que poussière...
    Première partie.

    Dans les venelles tortueuses de ce bas-quartier, Kamos pue humer l'air nauséabond propre à ce genre d'endroits. La fange côtoyait les ordures et les cadavres, et une multitude de mendiants, de catins, de coupe-jarrets, de crève-la-faim, de chiens errants, de chats miteux et de vermines pataugeaient joyeusement dans ce bourbier infâme. Le bretteur marchait sur les bords de ces rues, évitant soigneusement la faune locale. Plus tôt, Kamos avait affronté un jeune voleur à la tire, et s'il avait trouvé amusant de lui botter les fesses, il ne pensait pouvoir se permettre cela à chaque rencontre. La ruelle qu'empruntait le Sipahan n'était pas animée, et seule la lumière de quelques taudis pouvait trahir la présence de la vie. Un ratier apparut de l'autre côté de la rue, tenant une lanterne et ses roquets dans une main, portant avec l'autre un bâton où sa vingtaine de prises de la journée se trouvaient. Il cria :
    « Tueur d'rats, tueur d'rats, une pièce d'argent ! »

    Le Sipahan bifurqua à droite, évitant une rencontre avec ce commerçant pouilleux et ses cabots minables. La venelle était composée uniquement d'entrepôts décrépits et de misérables masures condamnées. Kamos y remarqua un cadavre de nain à moitié mangé par les vers et les rats, qu'il se contenta d'enjamber. A vrai dire, pour avoir visité les bas-fonds de Port-Pergas, il était persuadé à force qu'il ne s'agissait que d'une coutume locale. En tout cas, l'aventurier déboucha sur des quais miteux, tandis qu'une enseigne (sûrement dessinée par un aveugle, ou un enfant à l'adresse plus que douteuse) attira son attention. Le dessin représentait une sorte d'aigle manchot, mais en se concentrant sur l'espèce de chose, le dernier des Merop crut comprendre qu'il s'agissait d'un chien faisant des cabrioles. En tout cas, il n'arriva pas à déchiffrer le nom du rade. Au moment où il cessa son observation, Kamos dut esquiver un pochetron qui commença à se vider, et ne tenant plus debout, finit par s'évanouir délicatement dans son vomi. Après une minute d'hésitation et de contemplation de l'ivrogne, Kamos se décida enfin à pousser la porte de l'établissement.

    La vie était belle.
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    Jedalcën d'Aml'Mosian
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Mer 8 Juin 2011 - 9:04

    XI

    Tandis que l'étranger jetait un coup d'oeil dans la guinguette agitée, Kamos fut percuté par derrière par un homme et sa bande qui semblaient, eux aussi, vouloir entrer. La silhouette qui avait bousculé le hobereau, accompagné de deux autres, grogna un « On t’avions point vi, » en guise d’excuse. Ils avaient l’allure patibulaire des locaux de ce paradis de l’alcool frelaté et de la venelle tortueuse. Courbés par des tâches incessantes et difficiles, la peau tannée par le soleil de plomb qui harassait la gueusaille, ils auraient pu être des paysans venus vendre vaches ou grains s’ils n’avaient pas cette démarche chaloupée qui caractérisait les vieux loups de mer. Finissant d’écarter l’étranger d’une bourrade qui n’avait rien d’aimable (le nombre et un début d’ivresse avaient dû leur faire oublier la menace qui sourdait de l’épée ceinte à la taille de l’érudit), ils s’engouffrèrent dans l’huis étroit de l’hôtel borgne devant lequel ils se trouvaient tous.

    L’établissement n’avait rien à envier aux tavernes de troisième catégorie, aussi appelés coupe-gorges. La lumière y était chiche mais la cacophonie, un mélange agaçant de rires gras, du cri d’un luth à l’agonie et de bocks qui cognaient contre le bois des tables, permettait au visiteur de deviner que l’auberge était bien vivante. Voire bondée. L’épicentre de tout ce tapage semblait être un drôle d’être. Un elfe ? Ou bien un homme ? En tout cas, un grand échalas au teint cireux et au sourire vireux divertissait une foule de gaillards qui l’encourageaient par leurs cris et, à vrai dire, par tous les sons qu’ils pouvaient produire.

    Le spectacle était simple, mais efficace. La créature, montée sur une table, se faisait un devoir de sauter sur une autre via une cabriole gracieuse. Saluant à chaque fois une foule échauffée par les vapeurs des vins et des liqueurs, il effectuait une sorte de roue sans les mains, s’éjectant des tables à l’équilibre précaire pour se réceptionner sur d’autres dans un grand fracas et, souvent, en menaçant de se s’étaler sur le sol après avoir glissé sur une flaque de bière. Et à chaque saut, les lazzis repartaient de plus belle, et on tapait avec sa chope vide ou, dans le cas contraire, on la vidait pour saluer la performance.
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    Kamos Merop
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Kamos Merop le Mer 8 Juin 2011 - 14:13

    Chapitre I : Souviens-toi que tu n'es que poussière...
    Deuxième partie.

    La taverne était l'un de ces endroits minables, permettant au travailleur pauvre, au marin désemparé et au petit truand de dépenser les quelques piécettes accumulés avec difficulté lors de la journée. Un humain... Ou un elfe... Ou un semi-elfe... Enfin, quelqu'un d'humanoïde, d'assez laid et de grand qui faisait des acrobaties en accumulant pirouettes sur pirouettes. Kamos se désintéressa vite du spectacle, sans grand intérêt. La majorité des soiffards de la taverne était concentré autour du danseur, mais d'autres discutaient "affaires", ou alors étaient trop saouls pour comprendre ce qui se passait. Certains étaient déjà en charmante compagnie, que celle-ci fut payée ou non.

    L'érudit s'avança vers le comptoir, où le tavernier suivait avec plaisir la performance de l'être plus ou moins elfique. L'homme était une grosse brute au visage vérolé, et son sourire béat dévoilait des dents manquantes et cariées. Kamos baissa la tête, se voulant discret, et avança quelques piécettes en demandant une bière. L'homme versa dans une chope une bonne rasade du liquide, et Kamos le porta immédiatement à ses lèvres. Avec peine, le Sipahan avala cette infâme pisse d'âne et posa la chope à moitié vide sur le comptoir. Malgré le fait qu'elle fut parfaitement infecte et qu'elle brûlait la bouche, le bretteur dut se résoudre à l'idée qu'il devrait finir plus tard le breuvage. Il commanderait après un verre de vin, en espérant que son niveau dépasserait celui de la bière de la taverne... Ce qui, à vrai dire, n'était pas compliqué non plus.

    Le bretteur dirigea son regard à présent vers l'acrobate et soupira devant le spectacle grossier qu'appréciait les habitués. Si les acrobaties de l'elfe n'avaient aucun intérêt, ses traits physionomiques étaient remarquables. Il pouvait sembler à coup sûr qu'il s'agissait d'un simple humain au teint blafard si ses oreilles, pointues, ne trahissait pas des origines elfiques quelconques. En tout cas, il était loin d'être beau avec ses traits à moitié humains et elfiques, son teint étrange et son corps sec. Il finit par se mettre à sourire en voyant le grotesque du spectacle, tandis qu'il sentit le regard du tavernier se posait sur lui. Néanmoins, l'homme au visage ravagé détourna ses yeux de Kamos, dont le sourire paraissait tout à fait malsain.

    [Au meujeu : Ayant pris une chope de bière, il faut m'enlever 15 radis.]
    [LL : Done !]
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    Jedalcën d'Aml'Mosian
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Mer 8 Juin 2011 - 14:42

    XII

    Ici, nulle aiguière d’argent ou chandelier doré, l’auberge était emplie de bruits et de parias qui venaient s’en donner à cœur joie dans des libations qui ressemblaient plus à une mise en cuite en bonne et due forme. Les tracas de la journée se dissolvait dans les vapeurs d’un alcool bon marché et abondant, qui maculait tant le parquet mal dégrossi que les panses et les hardes du public de Jedaclën, qui continuait, sobre comme un macchabée, à voleter pour le plus grand plaisir des yeux injectés d’alcool de l’entourage braillard. Le dit entourage avait d’ailleurs décidé de faire savoir leur enthousiasme grossier en entonnant des cris qui se révolutionnèrent en chants paillards. Le barde, qui n’avait pas peur des défis et de massacrer son répertoire, fit crisser un peu plus les cordes de son instrument, qui vrombit autant qu’il entonna les notes expulsées, battues, violentées. La cacophonie mit un temps important pour passer du simple marasme artistique à une chanson compréhensible et nette. Si Jed ne comprenait rien à la langue, il le perçut tout de même, en bon bateleur qu’il était. Le rythme vint finalement à la rencontre des voix, et le métisse-jongleur finit par se plier aux exigences de la cantonade. Une fois qu’il eut le tempo en tête, il opéra ses acrobaties en les synchronisant aux accords de ballade beuglée à tue-tête, puis finit par convertir ses gestes spectaculaires et dangereux en une danse frustre.

    Installé sur une table plus solide que les autres, il commença à battre la mesure à grand coup de pied dans le bois mou de sa plate-forme, bientôt rejoint par les poings serrés de la crapule qui servait de population à l’endroit. Tout sembla vibrer à chaque nouveau coup de boutoir assené au sol et au mobilier, qui vibrait un peu plus aux assauts des soûlards. Finalement, Jedalcën cria quelque chose, virevolta et fit un saut périlleux du côté du comptoir. Les poings cessèrent de taper soudainement et de façon incomplète, le spectacle reprenait et le silence se fit. L’elfe noir retomba sur ses pattes, comme si de rien état, et salua profondément la foule qui cria pour l’encourager. Il s’adossa ensuite au comptoir, fixa les spectateurs et jeta un coup d’œil à l’homme qui venait d’entrer et qui semblait, d’après ses habits, venir de l’Empire de Sipahan.

    « Il est temps que ces idiots payent, tu ne crois pas ? Moi je ne parle pas la langue, mais j’imagine que tu pourrais m’aider à leur soutirer quelques radis pour mes efforts. Je t’en donnerai une bonne part, si ça te chante. »
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Kamos Merop le Dim 12 Juin 2011 - 14:11

    Chapitre I : Souviens-toi que tu n'es que poussière...
    Troisième partie.


    Les habitués de la taverne avaient de l'humour, car alors que la cacophonie était constituée de chansons plus ou moins décentes, celle qu'ils se décidèrent à chanter à l'unisson était une parodie d'une complainte connue et typique de Port-Pergas. La parodie parlait entre autre d'un hérisson, d'une magicienne d'Hautesylves, de bière et de nains, ce qui laissait imaginer le niveau hautement intellectuel de celle-ci. Trivial mais amusante, pensa l'épéiste venu de l'Empire de Sipahan. Au fil que la chanson se précisait, les acrobaties de l'elfe devinrent une sorte de non-danse, allant de pair avec le grotesque de la chanson. Visiblement, cela ne semblait pas le déranger outre mesure, et il continuait. Les hommes frappaient frénétiquement leurs chopes contre les tables, et le barde de l'établissement jouait d'un luth agonisant. En entendant cela, Kamos Merop révisa son jugement ; non, ce n'était pas une assemblée de marins, de travailleurs pauvres et de malandrins qui étaient présents. Au vu de leur traitement de l’Art, c’était une bande d’assassins.

    Soudainement, l’étrange être vint s’adosser au comptoir pour faire un clin d’œil à Kamos, avant de lui faire une alléchante proposition en sipahan. Avec un sourire inhabituellement froid, le bretteur répondit laconiquement dans sa langue natale :
    « Eh bien, allons-y. »

    Néanmoins, Kamos était précautionneux, et à peine eut-il fini qu’il se tourna vers le tavernier, et passant du sipahan à l’impérial, lui lança à voix basse :
    « Mon ami propose de continuer la fête, et par conséquent, nous vous proposons un douzième de notre récolte… Sans compter qu’avec les tournées générales qui s’enchaîneront, vous gagnerez sûrement plus que nous deux. Alors… Que pensez-vous de notre proposition ? »

    Pour appuyer ses propos, il fixa droit dans les yeux et sans sourciller l’homme qui faisait office du tavernier. Il espérait à avoir à négocier, car cela ferait baisser l’attention des clients… Hors, l’excitation ne pouvait qu’être bénéfique pour amasser de l’argent… Et il souhaitait, justement, amasser beaucoup d’argent.

    [Grand Meujeu : Le tavernier au visage vérolé accepte-il ma proposition ?]
    [Eusebius : Il demande un dixième.]
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Mar 14 Juin 2011 - 10:48

    XIII

    Jedalcën n’aimait pas ça. Oooh non, il n’aimait pas ça. Une fois sa danse bien entamée, une fois un interlocuteur digne de bonne foi localisé, voilà que son chaland désigné ramasse-pièces lui décochait des sourires sans joie et une phrase qui tenait plus de la monosyllabe que de l’acquiescement. Et son traducteur de fortune se tournait maintenant vers l’aubergiste du coin pour braire dans l’atroce sabir que les Norgodiens appelaient leur idiome. Le danselame n’aimait donc pas ça. L’absence de ses épées autour de ses hanches n’était pas pour le rassurer. Bien au contraire, il se sentait tout nu, et cela le effroyablement anxieux, voire un brin paranoïaque. Son esprit, excité par la danse qu’il venait d’exécuter sous les yeux des marins et autres cloportes qui meublaient ce coupe-gorge, faisait des bonds dans les quatre sens, s’interrogeant sur tout, soupçonnant tout, se méfiant d’un rien. Ses yeux, étrécis pour l’occasion, vagabondaient du côté du trouvère avant de repiquer vers le tavernier et le Sipahan. Finalement, ils s’éternisèrent sur la mise de son ‘compatriote’. L’homme ne semblait pas riche, mais ses habits étaient d’une coupe régulière et élégante, tout comme l’épée qui ceignait sa hanche.

    Ajoutez à cela ses joues rasées de frais, son allure travaillée, ce léger accent aristocratique qui s’amplifiait dans le norgodien, et vous avez en face de vous le parfait brigand-gentilhomme. Gentilhomme par naissance, éducation et habitude, brigand parce qu’il faut bien se servir de son patrimoine culturel, et que quand l’ennui, l’aventure ou la nécessité tape à la porte, le hobereau typique avait tendance à lui souhaiter la bienvenue à grand coup de rapière.

    Finalement, Jed rendit sous sourire au malandrin de sang bleu, avec une longueur de retard. Après tout, il en avait bouffé, du châtelain. Quoi de plus normal, quand on se prétendait bateleur ? Il en avait suivi beaucoup, occis quelques-uns, si bien qu’il croyait déjà connaître toutes les failles et les points forts de son bellâtre de négociateur. Une parade prudente, une botte sournoise, et le déplaisant aurait son compte, s’il lui eût cherché des crosses. L’angoisse qui faisait battre le cœur de l’elfe noir finit donc par s’apaiser, et c’est avec une assurance nouvelle que le danselame, voyant que l’accord, quel qu’il pût bien être entre le noble sipahan et l’aubergiste pergasien, était conclu, tapota l’épaule de Kamos et lui dit :

    « Allons plutôt récolter notre argent. J’espère que tu seras convaincant. »

    Et sans plus attendre, il se dirigea vers le barde pour qu’il cesse de jouer et attire l’attention sur lui. Bien entendu, il remit ses fourreaux à sa taille, fut traversé par une vague de sérénité puis jeta un coup d’œil à son récolteur de fonds, attendant que celui-ci réclame à la racaille lui servant d’assemblée d’abouler les bouzoufs.
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Kamos Merop le Dim 19 Juin 2011 - 12:54

    Chapitre I : Souviens-toi que tu n'es que poussière...
    Quatrième partie.


    Quelques secondes après que le tavernier eut validée la proposition de Kamos –en demandant, hélas, un dixième au lieu d’un douzième de la somme récoltée -, et que son compagnon de fortune l’eut incité à commencer son petit discours pour faire cracher au bassinet. Sans attendre, le bretteur vida le restant de sa chope et attendit que son poulain fasse arrêter le barde. Quelques secondes après, Kamos monta élégamment sur une table et prit son sourire le plus affable. Il effectua une grossière parodie de la respectueuse révérence des nobles, provoquant quelques éclats de rire et plusieurs sourires. Enfin, lorsque le silence fut complet et que les yeux n’étaient plus que rivés sur lui et son camarade d’un soir, il commença en choisissant une intonation plus racoleuse, plus populaire en somme.

    « Vous savez, notre ami ci présent ne parle pas l’impérial, ce qui l’empêche d’exprimer tout son art. Car oui, il s’agit d’un excellent acrobate doublé d’un talentueux jongleur ! Néanmoins, ce qu’il vous a montré n’est qu’un avant-goût de ce qu’il sait faire ; après tout, n’est-il pas excellent ? »

    Kamos s’interrompit quelques instants, pour jeter un regard circulaire à la masse laborieuse et criminelle qui s’intéressait à lui. Le silence était radical, et si quelques personnes murmuraient entre eux, c’était sûrement dans l’attente des paroles de l’élégant bretteur. Kamos prit un plus grand sourire, pour lui-même : il avait au moins réussi à capter l’attention de cette bande de traînes-sabres et de miséreux. Il ne restait plus qu’à les convaincre de payer. De toute façon, ils n’avaient pas vraiment le choix : le patron étant de leur côté, ils avaient le choix entre rien ou payer. En tout cas, les quelques secondes que Kamos prit pour observer son auditoire parurent, à lui comme à son compère ou aux chiens peuplant cette taverne, comme une éternité. Enfin, le Sipahan reprit la parole :

    « C’est ainsi que mon compagnon, qui est un artiste, ne s’intéresse pas à des choses aussi triviales, voir aussi tristes, que l’argent. Hélas ! il est de notre devoir, aussi ingrat soit-il, de lui donner quelque contribution pour lui permettre d’exercer son Art de la façon la plus sereine qu’il soit. »

    Kamos sauta en bas de la table, et, sans crier garde, se saisit d’un chapeau miteux porté par l’un des rats peuplant l’infect navire. Avec un air taquin et un sourire engageant, il fit un clin d’œil au marin édenté qui venait de faire les frais de sa rapine. Les compagnons du marin eurent ce rire gras caractéristique du loup de mer, celui qui se riait de voir un de ses compagnons atteint par une fiente de mouette. Tendant le bras, le bretteur sipahan eut un sourire et malicieux et lança à l’assemblée :

    « Alors… Qui commence ? »

    [Au meujeu : Quelle est la réaction des matelots, des péquenots, des demi-mondaines, voleurs à la tire et autres coupe-jarrets qui peuplent ce trou à rats ? S’il y a des personnes qui donnent de l’argent, combien obtient-on ?]
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Anji le Jeu 23 Juin 2011 - 18:57

    Circulant au milieu des pecnots et des soiffards avec son misérable couvre-chef, Kamos récolta quelques maigres piécettes. A peine de quoi se payer un repas digne de ce nom. Quand il avait annoncé son dessein, la peuplade avait soudainement cessé de rire et se retrouvait maintenant à ignorer l'amresian, le nez dans la bière ... ou ce qu'il en restait.

    Quelques joyeux lurons payèrent fort heureusement mais trop peu. Et au lieu de ça, beaucoup crachaient par terre au passage du gentilhomme. Mais l'ambiance si vite retombée allait vite repartir de plus belle. Un homme regarda Kamos droit dans les yeux lorsqu'il passa à coté de lui.

    Le gaillard était massif mais il était difficile d'estimer sa taille lorsqu'il était assis. Il avait des bras de la taille d'un tonneau de bière et un torse d'ours. Il avait de long cheveux noirs et gras qui lui tombaient jusque en bas de la nuque. Ses yeux étaient petits et méchant au milieu d'un visage marqué par les bagarres : nez cassé, pommettes déformées, mâchoire déplacée ainsi qu'une belle cicatrice le long de la joue et descendant jusqu'au milieu de son cou.


    "Et pourquoi que j'lui donnerais ma paye à cuilà ? Ca s'rait une donzelle j'dirais po non mais un mâle ... J'ai rien à y gagner moi !"

    Il cracha à son tour bruyamment, mais sur les bottes du Merop. Sa voix était rauque et puissante et ses propos difficiles à comprendre à cause de sa déformation de la machoire.

    Le silence s'installa alors dans la taverne que seul le crépitement de l’âtre rompait régulièrement. Tous étaient suspendus aux lèvres de Kamos.


    [RQ : ça serait plus simple pour moi si vous pouviez mettre en couleur les dialogues ^^. Sinon, désolé pour le retard, j'avais complètement oublié Embarassed ...]


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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Dim 26 Juin 2011 - 7:22

    XIV

    Jedalcën était un professionnel. Qu’il s’agisse de danse ou d’escrime, il avait appris, au cours de décennies de voyages et de crapuleries, à tirer le meilleur de l’un comme de l’autre, souvent en les mêlant un peu pour que les disciplines respectives y gagnent en force, en efficacité. Ainsi le bateleur était-il rompu dans l’art de détrousser le chaland sans que celui-ci s’en aperçoive. Mais si ses petites habitudes fonctionnaient assez bien dans les rades amrésians, il semblait que les règles étaient autres sur ce nouveau continent. En effet, le créneau était parfait, tout comme le lieu. Amuser le pauvre et le traîne-sabre, divertir le marin et le paysan en goguette avait toujours été profitable. Ces genres d’hommes, voyez-vous, avaient tous, à leur façon, une sorte de désamour pour le bon argent. Le paysan s’empressait, attiré par le bruit et les lumières de la cité, de dépenser les maigres profits qu’il avait faits pendant une ou deux soirées où il faisait fête à l’argent qu’on lui avait versé pour ses surplus. Le marin, de retour à terre, était trop ravi de pouvoir enfiler autre chose que le cul d’un mousse et d’écouter une autre musique que les grincements du gréement. Enfin, le sicaire avait cet avantage et ce défaut de vivre un peu plus intensément une vie qui risquerait d’être plus courte que celle du reste de la population.

    Ajoutez à toutes ces raisons un millier de détails, mélangez le tout à une ivresse générale et festive qui, en temps normal, transformait le pingre en grand seigneur et le grand prince en pauvre hère, et vous obtenez une assemblée de convives enjoués et prêts à cracher la monnaie.

    Mais ce n’était pas comme ça à Norgod, semblait-il. Les gens d’ici avaient le vin mauvais et la pièce mesquine. Les sans-le-sou rivalisaient d’avarice avec les gagnent-gros. Dans un soupir silencieux, Jedalcën regretta un instant les bordels de l’Empire tout en se déplaçant, avec la grâce et la discrétion d’un félin, près des murs de l’auberge, observant les réactions obtuses de ce bien ingrat public. A mesure qu’il marchait et qu’il comptait les glaviots crachotés devant ou derrière son compatriote, ses mains se posèrent sur la garde de ses épées.

    Mais si le danselame croyait les locaux un peu lâches lorsqu’il s’agissait de donner le ducat, il apprit bien vite qu’ils avaient également en horreur d’être victimes d’un acte de quête. Cette caractéristique bien étrange s’illustra dans une pièce de viande et d’humeurs de deux cents livres au bas mot. Son faciès tanné par les rixes et redessiné par les algarades en disait long sur ses fréquentations, mais pas tant sur son emploi. C’aurait aussi bien pu être un soldat du guet qu’un marin bagarreur. Le danselame, à la vue du bestiau, alla se poser non loin de la scène, feintant la nonchalance, le dos contre l’une des poutres qui soutenait le rade. Les bras croisés avec une indolence feinte, il se tenait prêt.
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Mer 6 Juil 2011 - 19:58

    Kamos passe encore ?
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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Lun 25 Juil 2011 - 14:23

    Bon, bah j'imagine que ce forum est mort. :mrgreen:

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    Re: Quand on recherche la chaleur d'un âtre

    Message par Contenu sponsorisé


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