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    Comment ça, la bourse ou la vie ?

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    Jedalcën d'Aml'Mosian
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    Date d'inscription : 05/04/2011

    Comment ça, la bourse ou la vie ?

    Message par Jedalcën d'Aml'Mosian le Jeu 14 Avr 2011 - 0:29

    I

    Eudric était un marin honnête, normalement. Il avait passé une grande partie de son existence sur un bateau et en tant que marin honnête. La probité devait l’exciter, en quelque sorte. Issu d’une pauvre famille de non moins pauvres pêcheurs des côtes du sud de Sipahan, il avait été éduqué, comme beaucoup de crève-la-faim qui survivaient sur les capricieuses, avec le souci de l’honneur et du respect de la parole donnée. A vrai dire, dans ces hameaux où les biens étaient maigres et l’immobilier au plus bas, les valeurs étaient les seuls vrais trésors dont disposaient les pêcheurs, qui défendaient leur réputation et celle de leur famille avec une hargne sauvage qui confinait à la folie. Eudric avait donc vécu dans cette atmosphère alourdie par la piété et la crainte de porter un nom souillé. En cela, il avait fait la gloire de sa famille. Et son père, finalement, l’avait emmené dans une des grandes villes portuaires, plus au nord, assuré qu’il était d’avoir un fils tout à fait hermétique aux tentations urbaines. Il l’avait, ainsi, placé auprès d’un capitaine en tant que mousse.

    Eudric résista quelques années à la pression de ses pairs, de fieffés pendards, loups de mer assoiffés d’or et d’aventure, de vin et de butin. Mais finalement, il céda aux appels des bordels et des vapeurs de la dive bouteille, si bien que sa carapace d’honorable petit pêcheur des côtes du sud finit par se fissurer. La honte, cependant, martelait toujours son esprit sensible à ces choses à chaque larcin qu’il commettait. Et en ce moment, ça tapait fort sur son crâne. Les voyages n’avaient pas été très profitables pour son équipage et lui-même cette année. Entre le naufrage de son premier bateau, qu’il avait baptisé bêtement « L’Inexpugnable » et les divers raids de pirates (anciens collègues ou inconnus tristes sires), les cassettes qui résidait dans sa chambrée ne tintinnabulaient pas de pièces d’or. Quelques pièces de cuivre venaient s’y bagarrer de temps en temps, mais manquaient cruellement pour les hommes et le vin qu’ils voudront cuver à la prochaine escale.

    On imagine donc bien pourquoi Eudric, toute honte dehors, avait fini par accepter les conseils de ses matelots et pourquoi il s’était décidé à assassiner le semielfe dans l’intention de lui ravir ses biens. Et notamment sa bourse, qui paraissait fort pleine. Ainsi, avec trois de ses ladres, Eudric le capitaine faisait attention de ne pas faire trop grincer le plancher de la cale en s’approchant de la chambre de Jed. Ce dernier, un voyageur pressé de quitter l’Occident impérial, avait payé rubis sur ongle et plus qu’il n’en avait fallu la traversée vers Norgod. Les matelots s’imaginaient déjà dépenser la bourse pleine du gaillard en faisant taire leur conscience à grand coup de supposition sur le métier malhonnête qu’exerçait ce Jed, bâtard elfique et, subséquemment, brigand de naissance. Finalement, lorsqu’ils furent campés devant la porte de la chambrée, le sabre au clair, la porte s’ouvrit brusquement. La victime, Jedalcën, s’empressa de fuir sans même faire attention à la racaille qui s’était amassée devant sa porte. Remontant d’un bon leste et agile l’échelle qui donnait sur le pont, il se précipita jusqu’au garde-fou de la coque de noix et y déversa le peu de bouillon qu’il avait pu ingurgiter plus tôt dans la soirée.

    « Une seconde, » finit-il par se demander. « Que faisaient tous ces porte-sabre devant ma chambre ? » Il n’eut pas le temps de penser à une réponse convenable car déjà le capitaine Eudric et ses hommes, qui étaient remontés à la suite de l’elfe, s’écrièrent dans un grondement.
    « La bourse ou la vie ! »
    Le dilemme était pauvre, trouva l’Aml’Mosiani, qui arqua un sourcil sceptique. Ces gens-là n’avaient pas l’habitude de faire les poches à leurs voyageurs, cela était sûr. Jed, dont les origines haïssables l’avaient rendu prudent, posa ses mains sur les épées qui ceignaient sa taille, puis épousseta un peu de vomis qui s’agglutinait sur son plastron de cuir. Les brigands de fortune et le brigand tout court se firent face un instant, n’osant faire le premier pas.

    Les côtes étaient déjà proches, et cela trahissait également l’amateurisme des filous. « Quelle idée de laisser une échappatoire à ses victimes, » les tança-t-il mentalement. Sur ses lèvres s’était fiché le rictus méprisant du professionnel contemplant les nombreuses erreurs des élèves. Et puis, finalement, il sauta sans demander son dû.


    Ensuite

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